un cas concret
Faut-il aérer quand il pleut
Faut-il aérer quand il pleut.
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La question, et pourquoi elle divise
Quand il pleut, ouvrir la fenêtre paraît contradictoire. Dehors, l’air semble « mouillé ». Dedans, on cherche justement à faire partir la buée et l’humidité. La question oppose donc deux idées simples, mais incomplètes : la pluie apporte de l’eau, et l’aération retire de l’eau. Les deux peuvent être vraies selon le cas.
Le point décisif est le suivant : l’humidité relative n’est pas une quantité d’eau. C’est un niveau de saturation. Un air affiché à 80 % ne dit pas, à lui seul, combien d’eau il contient réellement. Cette quantité dépend aussi de la température. Un air froid peut être très proche de la saturation tout en portant peu de vapeur. Un air plus chaud, au même pourcentage, peut contenir bien davantage d’eau.
C’est pour cela que la question « faut-il aérer quand il pleut ? » divise si facilement. Beaucoup de personnes regardent d’abord le ciel. Or la pluie n’est pas le bon critère. Ce qui compte, c’est la quantité de vapeur contenue dans l’air extérieur, comparée à celle de l’air intérieur, puis le lien entre cet air intérieur et la température des surfaces où la condensation peut se former.
Le point de rosée permet de poser le problème correctement. C’est la température à laquelle un air, si on le refroidit sans changer sa quantité d’eau, arrive à saturation. Si l’on continue, l’eau se dépose sous forme liquide. Autrement dit, la buée ne naît pas parce que l’air est « humide » au sens vague. Elle apparaît quand une surface est à une température inférieure ou égale au point de rosée de l’air ambiant.
On le voit bien sur une vitre. À 20 °C et 50 % d’humidité relative, l’air contient environ 8,6 g d’eau par mètre cube. Son point de rosée est de 9,3 °C. Si la vitre est à 9 °C, elle se couvre de buée. Le phénomène dépend donc de la température de la surface. La pluie, à elle seule, ne répond pas à la question.
La confusion vient aussi d’un autre réflexe : on pense souvent que l’air intérieur forme un stock fixe qu’il suffirait de « vider » une fois. Ce n’est pas le cas. Un mètre cube d’air ne contient qu’une dizaine de grammes d’eau. Assécher l’air d’une pièce une seule fois ne représente qu’une fraction de litre. Ensuite, l’eau revient continuellement avec les apports du logement et avec le renouvellement d’air. C’est précisément pour cela qu’un appareil de déshumidification s’exprime en litres par jour et non en litres tout court.
Ce que le calcul dit vraiment
Pour trancher, il faut comparer des quantités de vapeur, pas des impressions. Le site utilise le calcul du point de rosée avec la formule de Magnus et les coefficients de Sonntag 1990. Son domaine de validité va de −45 °C à +60 °C, avec une incertitude annoncée de ± 0,35 °C. Les valeurs affichées par le simulateur viennent donc d’un calcul, et non d’un relevé direct.
Ce calcul sert à répondre à une question précise : si l’air intérieur garde sa quantité d’eau mais rencontre une surface plus froide, y aura-t-il condensation ? C’est là que le point de rosée devient utile. À 18 °C et 75 % d’humidité relative, le point de rosée est de 13,5 °C. Toute surface à cette température, ou plus froide, peut condenser. La condensation est d’ailleurs la condition nécessaire à une paroi durablement humide. En revanche, elle ne donne pas une date d’apparition de taches : cela dépend aussi du matériau et du temps d’exposition.
Pour savoir si aérer sous la pluie aide ou aggrave, il faut raisonner ainsi : si l’air extérieur, une fois entré puis réchauffé dans le logement, contient moins de vapeur que l’air intérieur, il assèche. S’il en contient davantage, il apporte de l’eau. Le critère n’est donc ni « il pleut » ni « l’air dehors est à tel pourcentage d’humidité relative ». Le seul pourcentage ne suffit pas, car il ne dit pas la masse d’eau présente dans l’air.
Un exemple donné plus haut montre pourquoi. À 20 °C et 100 % d’humidité relative, un mètre cube d’air contient environ 17,2 g d’eau. À la même température mais à 50 %, il en contient environ 8,6 g. Le pourcentage de saturation change, mais la température compte tout autant. Dire seulement « dehors c’est humide » ne permet donc pas de savoir si ouvrir fera baisser ou monter la vapeur présente dans le logement.
Le calcul a cependant une limite pratique claire. Ce site ne transforme pas une masse d’eau en résultat en litres par jour. Cette conversion demanderait de connaître deux données que l’on n’a pas dans un formulaire général : le renouvellement d’air du local et le débit des apports d’eau. Sans ces deux informations, annoncer une quantité quotidienne retirée ou apportée n’aurait pas de sens. C’est la raison pour laquelle le site refuse cette conversion.
Le cas où aérer apporte de l’eau
Oui, ce cas existe. Aérer peut faire entrer un air qui, une fois dans le logement, augmente la quantité de vapeur présente. Ce n’est pas parce qu’il pleut nécessairement. C’est parce que l’air extérieur peut contenir plus d’eau que l’air intérieur, ou ne pas permettre une baisse utile de cette quantité après mélange et réchauffement.
Le piège classique est de confondre air presque saturé et air très chargé en eau. Un air froid et très humide en pourcentage peut rester peu chargé en vapeur. Mais un air plus doux, lui aussi très humide, peut apporter davantage d’eau. La pluie ne suffit donc ni à condamner l’aération, ni à la justifier.
Il faut aussi distinguer deux objectifs. Le premier est d’évacuer un air intérieur chargé de vapeur. Le second est d’éviter que le point de rosée de cet air intérieur atteigne la température des surfaces froides. Si l’air entrant ajoute de la vapeur, le point de rosée intérieur monte. Dès lors, davantage de surfaces peuvent passer sous ce seuil et condenser. C’est ainsi que la buée peut persister, voire s’étendre, même si l’on a ouvert.
Dans un logement, certaines zones refroidissent plus vite que d’autres. Un angle est plus froid parce qu’il perd sa chaleur dans deux directions. C’est souvent là que la condensation apparaît d’abord. Là encore, le mécanisme est celui de l’air et des surfaces. Le site parle de cela, et seulement de cela. Les questions qui relèvent du bâti et de son diagnostic appartiennent à un autre métier.
Quand l’aération ne suffit pas, on pense parfois à un appareil. Le choix commence par une mesure de l’humidité relative avec un hygromètre. C’est le seul moyen de savoir où l’on se situe avant d’envisager un appareil. Pour les déshumidificateurs électriques domestiques, les capacités courantes vont de 10 à 30 litres par jour. Un absorbeur chimique, lui, est passif : pas d’électricité, pas de ventilateur, et un sel qui capte l’humidité puis se dissout progressivement avant remplacement. Quant aux appareils à condensation, dits à compresseur, ils sont prévus pour des pièces à 13-15 °C au minimum ; en dessous, leur rendement chute et ils peuvent givrer. Sous 15 °C, la bonne formule est simple : vérifiez la plage de fonctionnement annoncée par le fabricant.
Comment trancher chez soi sans se fier à une règle générale
Il n’existe pas de règle valable dans tous les cas du type « quand il pleut, il faut » ou « quand il pleut, il ne faut jamais ». Pour décider correctement, il faut regarder l’air intérieur, l’air extérieur et les surfaces froides du logement. Sans cette comparaison, on raisonne à l’aveugle.
La méthode la plus sûre tient en peu d’étapes :
- mesurer l’humidité relative de l’air avec un hygromètre ;
- estimer le point de rosée de l’air intérieur ;
- repérer les surfaces froides où la buée apparaît ;
- comparer l’effet de l’air extérieur au lieu de se fier à la pluie.
Si le point de rosée intérieur est proche de la température d’une vitre ou d’un angle, la condensation est possible. Si l’ouverture remplace cet air par un air qui, une fois réchauffé dans le logement, contient moins de vapeur, le point de rosée baisse et le risque diminue. Si au contraire l’air entrant augmente la vapeur présente, le point de rosée remonte et la condensation devient plus probable sur les surfaces les plus froides.
Autrement dit, il faut quitter la règle générale pour revenir à la physique de l’air humide. La pluie est un contexte, pas une réponse. La bonne question n’est pas « est-ce qu’il pleut ? », mais « l’air que je fais entrer va-t-il faire baisser ou monter la quantité de vapeur présente chez moi, et où se situe alors le point de rosée par rapport aux surfaces froides ? »
Cette façon de trancher évite deux erreurs courantes. La première consiste à s’appuyer uniquement sur un pourcentage d’humidité relative. La seconde consiste à chercher un résultat en litres par jour à partir d’un simple calcul d’air intérieur. Ce site ne le fait pas, parce qu’il manque alors les données décisives sur le renouvellement d’air et sur les apports d’eau.
Si vous voyez de la buée, le phénomène à comprendre est donc très concret : de l’air, de la vapeur, une surface froide, et un point de rosée. À partir de là, l’aération quand il pleut cesse d’être une croyance. Elle devient une comparaison mesurable entre deux airs, intérieur et extérieur, et leur effet sur les surfaces qui condensent.